Lou Casa ré-invente Barbara avec force et sensibilité.

C’est dans le film « Barbara » de Mathieu Almaric que j’ai découvert Lou Casa. La reprise Perlimpinpin servait de scène finale au film. Après avoir entendu les voix de Jeanne Balibar et Barbara, celle masculine de Lou Casa créa une véritable surprise, comme si soudain on adoptait une autre perspective, qu’on changeait de point de vue. Véritable coup de cœur, j’ai voulu découvrir ce collectif. Après avoir joué à guichet fermé à l’Auguste Théâtre le 8 novembre, ils ont annoncé une seconde date à laquelle j’ai assisté.

Derrière Lou Casa se cache trois têtes : Marc Casa le chanteur, Fred Casa au piano, à l’orgue et aux percussions et Julien Aellion à la basse. Les reprises peuvent laisser sceptique et faire douter de la qualité d’un artiste qui choisit la ré-interpréation plutôt que la création pure et dure, pourtant Lou Casa réussit cet incroyable tour de force de nous embarquer dans leur univers à travers les textes de Barbara.

C’est dans des lumières rouges que les artistes commencent à jouer, levant progressivement l’obscurité de la salle pour une ambiance calfeutrée, un peu inquiétante, mais envoûtante. Cet homme immense impressionne son public, prêt à se fondre sur lui quand il le regarde dans les yeux et pourtant se porte comme une présence rassurante de sa voix chaleureuse et grave. Il vient à nous, nous invite à chanter avec lui, créant une convivialité, presque une connivence entre la scène et la salle. 

Inconsciemment, on cherche à déceler les ressemblances entre ces deux personnages, à voir dans un geste, dans un regard un peu de la femme, mais c’est la propre sensibilité de Marc Casa qui ressort : elle se ressent dans sa gestuelle et plus encore dans sa façon de chanter. Il murmure, enrobant ses cordes vocales de velours, jusqu’à déployer cette force, tout aussi évidente. Les silences ne sont jamais pesants, mais sont là pour marquer la force du texte, pour que nous ayons le temps d’assimiler l’histoire et puis la chute souvent brutale et surprenante. Il prouve qu’il n’y a pas besoin de chanter fort pour être puissant. Cet homme a la stature immense, se penche vers nous et nous raconte sur le ton de la confidence. À notre tour, nous nous penchons vers lui pour mieux saisir l’histoire et ne pas en perdre une miette.

«Il avait presque vingt ans. / Fallait, fallait voir / Sa gueule : c’était bouleversant. / Fallait voir pour croire, / A l’abri du grand soleil. / Je l’avais pas vu venir. / Ce gosse, c’était une merveille / De le voir sourire. » Le bel âge

Marc Casa s’approprie les textes écrits par ou pour Barbara, n’hésite pas d’ailleurs à se confier par rapport à eux. Certaines chansons l’ont d’ailleurs accompagnée dans des moments intimes de sa vie comme Le Bel Âge. Il en explique d’autres, ce qu’il a pu en percevoir avec le reste du collectif comme Le Mal de Vivre : « Après avoir étudié ce titre, nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait finalement d’une chanson positive. Barbara transforme son mal de vivre en quelque chose de beau : c’est sa force. » C’est un point de vue personnel qu’il partage, celui du spectateur, avant de devenir celui de l’interprète.

Outre la voix de Marc, ce qui fait l’originalité de ce projet, ce sont les arrangements. Dans ce projet, on retrouve de nouveaux instruments qui viennent donner de l’ampleur au texte sans pour autant le recouvrir. La basse au son grave vient se poser en contraste au son clair du piano, comme une lutte entre des sentiments lumineux et obscurs, entre l’espoir et le mal-être. Les deux musiciens sont placés d’un bout à l’autre de la scène avec en son centre le chanteur qui vient semble-t-il donner le ton juste, la juste interprétation dans ce jeu de balancier.

Si nous retrouvons quelques grands titres de Barbara comme Gottingen, ils s’attellent également à des titres qui sont moins connus qui correspondent au début et à la fin de sa carrière. Marc nous parle de son enfance, de son père mort à Nantes et inévitablement quelque chose se brise en nous, comme une blessure commune, universelle. Que nous ayons connu Barbara, que nous ayons vécu ces moments ou non, nous nous sentons concernés.

Lou Casa ne nous fait pas seulement pleurer. La plus Bath des Javas vient jeter dans le théâtre un air de guinguette, sans sonner ringard quand ensemble ils interprètent ce titre. Marc Casa a fait parler toute la féminité qu’il y a en lui en prenant des postures, rappelant le burlesque. Jouant son rôle jusqu’au bout, il prend deux voix (l’une aiguë, l’autre grave) comme en duo avec lui-même. Il s’amuse et je ris de bonheur tandis que le public reprend en chœur le refrain.

Les chansons à texte peuvent vite se révéler ennuyeuses, mais ce groupe parvient à garder l’attention pleine et entière de son public, le happant dans des ambiances chaque fois différentes, comme lors d’un voyage. Perlimpinpin résonne gravement précipitant le temps, créant la nécessité de vivre vite, de vivre fort pour échapper aux horreurs du monde, tandis que Mon Enfance réveille une nostalgie amère et douloureuse.

« Pour qui, comment, quand et combien ? / Contre qui ? Comment et combien ? / À en perdre le goût de vivre, / Le goût de l’eau, le goût du pain / Et celui du Perlimpinpin / Dans le square des Batignolles ! » Perlimpinpin

Lou Casa transforme une matière première en la magnifiant. Ils ont pris le raffinement des mots en y ajoutant une touche moderne se révélant d’autant plus vivants et proches de nous. Un collectif agréable à écouter mais encore plus à voir sur scène.

Leur prochaine date se déroulera le 10 février 2018 au Café de La Danse.    

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