Opium Dream Estate nous transporte dans les terres brutes d’Amérique

opium dream estate

Le samedi 2 décembre a eu lieu une soirée de concerts acoustiques à La Passerelle.2, un disquaire-café du 11e arrondissement qui met en avant des artistes bien de chez nous. Le principe m’a plu. Chaque artiste avait 15 minutes qui leur étaient accordées pour nous faire découvrir leur univers. Ils étaient six sur le thème de « Foule sentimentale », petit clin d’œil à Alain Souchon. Ce soir, je suis venue pour découvrir l’un des groupes à l’affiche : Opium Dream Estate.

Au commencement, Opium Dream Estate était d’abord un projet solo de Sébastyèn, chanteur et guitariste, rapidement rejoint par Flora Gousset alias Hellebore, au synthé, chœur et mélodica. Ils sont désormais entourés d’un bassiste et d’un batteur. Pour l’occasion, ils ont renoué avec leur première formation puisqu’ils n’étaient que deux devant le public de La Passerelle.2. Malgré la formule acoustique, ils n’ont en revanche pas pu s’empêcher de brancher les amplis (pas trop fort pour ne pas déranger les voisins) pour ne pas perdre ce qui fait l’essence de leur musique : la douce mélodie du synthé de Flora Gousset et les cordes métalliques de la guitare semi-acoustique de Sébastyèn.

C’était presque curieux de voir ce groupe parisien qui chante en anglais, à l’univers parfois sombre – leur clip A funeral a été tourné au Père-Lachaise, voilà qui donne le ton – à la frontière du gothique m’aventuré-je à dire, dans ce lieu où trône fièrement l’album de Clio et de Dominique A. Mais Opium Dream Estate n’a pas tardé à nous séduire à travers une musique mêlant folk et blues, aux sonorités mélancoliques et néanmoins lumineuses. C’est dans ce clair-obscur que le duo évoluait doucement, mais sûrement, en équilibre.

Ils ont joué deux titres de leur dernier album Some Kinds of Ghosts, Devil’s Bride et Wayfaring Stranger ainsi qu’un inédit Black Hole. Je ne vous cache pas ma frustration de n’avoir pu les entendre que sur trois morceaux, ce qui a mon sens est beaucoup trop court pour pouvoir apprécier la richesse de leur univers. À l’écoute de Some Kinds of Ghosts, dont le nom fait référence au groupe Black Rebel Motorcycle Club, j’avais été agréablement surprise de leurs influences diverses. Loin d’être redondant, chaque titre nous ouvrait les portes vers une nouvelle ambiance, sans quitter totalement les terres brutes d’Amérique, comme un long voyage initiatique et solitaire. Aussi quand le duo a joué Wayfaring Stranger, Flora Gousset au mélodica et Sébastyèn armé de son Bottleneck, les frissons m’ont parcouru, transformant la musique en une sensation, en quelque chose de presque perceptible qu’on pourrait physiquement éprouver, réveillant une nostalgie dont on ignore la cause exacte et pourtant, qui se loge là, dans le creux chaud de notre ventre.

La lenteur de la rythmique et les instruments aux sonorités rétro donnaient une intensité à l’ensemble. Une reprise de Johnny Cash réussie qui respecte à la fois l’intention de l’artiste tout en y ajoutant la touche personnelle du groupe, créant un morceau original.

« I’m just a poor wayfaring stranger / Traveling through this world below / There is no sickness, no toil, nor danger / In that bright land to which I go »

Alors bien évidemment, arrêter un set là dessus, c’est nous donner envie d’en voir plus, comme pourrait le faire une bande d’annonce. L’exercice qu’on leur a imposé ce soir (1 quart d’heure par artiste pas plus) n’était pas évident puisqu’il demandait aux artistes de se mettre rapidement en condition, tout en étant capable de transmettre le maximum en peu de temps. On peut dire que O.D.E. a réussi le challenge. Désormais, on n’a qu’une envie voir le film en entier, les voir en formation complète là où ils pourront pleinement déployer leur talent et leur univers, sur une durée plus longue.

Opium Dream Estate est une belle découverte qui prouve que les Frenchies peuvent s’approprier la musique anglo-saxonne et en faire quelque chose de bon, vraiment bon !

 

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