Le docteur Dory soigne nos humeurs à travers la musique

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Le docteur Dory propose à ceux qui le veulent une thérapie chantée tous les troisièmes lundis du mois. Je n’en avais pas franchement besoin — a priori dans ma vie tout va bien —, mais j’étais curieuse. Alors je me suis rendue au théâtre Nesle pour assister à ma toute première séance, ce lundi 19 mars.

Arrivée au théâtre, j’y suis immédiatement bien accueillie. L’ambiance intimiste veut qu’on attende les derniers patients avant de débuter cette séance collective. Celle-ci a lieu dans une magnifique cave voûtée. Il n’y fait pas bien chaud, les sièges ne sont pas des plus confortables, mais il y a une belle acoustique et ça, c’est appréciable.

Le Docteur Dory arrive sur scène vêtu d’une chemise et d’une cravate, mais a laissé la veste au placard qu’il a troqué pour une splendide robe de chambre rouge. Il ouvre cette thérapie chantée en reprenant « Un homme heureux » de William Sheller en s’accompagnant au piano. Je me suis demandée à ce moment-là, si je n’avais pas atterri chez les dépressifs anonymes. Après quelques paroles échangées, on se rend compte que non, ouf ! Il nous confie ne pas aimer commencer un spectacle sur des notes mineures et on lui donne raison.

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Subtilement, il introduit la problématique qui va nous occuper ce soir. La notion du « je veux », en comparant des chansons entre elles. D’abord, « Si j’étais un homme » de Diane Tell, puis « Babooshka » de Kate Bush ou encore « Le chanteur » de Daniel Balavoine. Comme s’il s’agissait d’un commentaire de texte, il nous explique ce que signifient les paroles, avec pour point commun la volonté d’avoir quelque chose que l’artiste n’a pas. Pourtant, c’est loin d’être ennuyeux et c’est même plutôt amusant. Il se moque gentiment de Diane Tell dont le romantisme se résume à posséder des villas à Bergame. C’est cynique, tout en relevant l’intérêt des paroles qu’on a souvent tendance à occulter au profit de la mélodie.

C’est avec Zazie que le pivot de la séance s’effectue, en introduisant la notion non seulement de « vouloir », mais de « faire ». Une différence majeure ! Lorsqu’on veut quelque chose, on est occupé à y penser, alors qu’en utilisant le temps futur, on se met déjà dans l’action de le faire, nous explique-t-il. Plus tard, il injecte une dernière notion avec « Sunny » de Booby Hebb, celle de l’optimisme. Ça y est ! On ressent les bienfaits de cette thérapie, on respire, on se sent mieux, la promesse est remplie!

Avec Cyril Dory, on prend plaisir à redécouvrir le répertoire de la variété française et internationale. Il en profite également pour nous glisser des anecdotes sur les artistes ou les chansons elles-mêmes. L’histoire de l’écriture de « Sunny » laisse effectivement admirative, lorsqu’on se rend compte de la force de caractère de Bobby Hebb. Il décide de dépasser les événements noirs du deuil pour apprécier chaque petite lumière de l’existence.

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Au milieu de toutes ces interprétations, le docteur Dory chante également l’un de ses titres composés avec Eddy Wonka « Tuer le cinéma » et celui-ci est loin de faire pâle figure, au contraire. Si parfois on peut avoir l’impression qu’il est dans la récitation les yeux accrochés à ses partitions, avec ce morceau on ressent davantage l’incarnation. Il y a quelque chose de théâtral dans le texte, dans la voix, comme si la musique et le spectacle étaient pour lui deux choses indissociables.

Même si Cyril Dory n’invente rien de nouveau, il communique à ses spectateurs quelque chose qui fait du bien : de la bonne humeur, des titres qu’on a tous déjà entendus et qui nous ont plus ou moins marqués. Il nous donne également un rappel important sur notre façon de penser qui tient finalement à peu de chose : dire « je serai » au lieu de « je veux ». L’originalité du concept (mêler musique et philosophie) rend son spectacle vraiment intéressant. On en ressort enrichie et si l’envie nous prend, nous pouvons même y retourner sans nous lasser puisque chaque spectacle est différent !

La prochaine séance aura lieu le lundi 16 avril.

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